Des paniers bio à Nariño

Soutien à la production et à la commercialisation de produits agro-écologiques dans le département de Nariño

 

Municipalités de Pasto, La Unión, Arboleda, Cartago, San Lorenzo, Consacá et La Florida

Département de Nariño, sud-ouest de la Colombie

 

2018 –  2020

En quoi consiste le projet?

Le projet vise  à renforcer la production et la commercialisation d’aliments biologiques dans le département de Nariño. L'objectif est  de soutenir des familles paysannes qui ont décidé de se lancer dans l'agriculture biologique, à travers un accompagnement global, qui va de l'expérimentation agricole sur leurs parcelles jusqu'à la vente directe de leurs produits dans les villes de Pasto et de La Unión.

 

Lectures Partagées accompagnera la naissance d'une association paysanne capable de planifier, de produire et de commercialiser les fruits et légumes biologiques à l’échelle régionale et de proposer aux consommateurs et consommatrices urbains une offre variée et continue de produits sains et locaux.

 

Celle-ci permettra aux paysans d’écouler leurs produits à un prix juste et de donner accès aux habitants de la ville de Pasto à des produits sains pour lesquels il n’existe pour l’heure aucun marché. Elle générera également des alternatives rentables et des emplois en milieu rural.

De l'expérimentation agricole à la vente directe: retour sur une  expérience  feconde

 

Le présent projet  trouve sa source dans le cadre du precedent projet de Lectures Partagées, Création d'un réseau de bibliothèques rurales à La Florida, qui a permis l'émergence de toutes sortes d'initiatives collectives et des projets communautaires.

 

Les bénéficiaires avaient ainsi manifesté leur intérêt pour les questions en lien avec l’agro-écologie. Lectures Partagées a développé un partenariat avec le Réseau des Gardiens de Semences de Vie, qui a délivré une série de 10 ateliers portant sur l’agro-écologie.

 

Afin que les connaissances acquises lors de ces ateliers ne restent pas lettre morte, Cristina Muñoz et Nicolas Veuthey, nos chargés de mission sur le terrain, ont proposé de les mettre en œuvre sur une parcelle expérimentale communautaire. Sur un demi-hectare située au cœur de Matituy, un groupe de paysannes et de paysans s’est réuni pour « apprendre en faisant ». Ils ont ainsi mis en place un laboratoire d’engrais biologiques fermentés, ils ont créé un potager avec des légumes variés avec le système de plate-bande en courbe à niveau ; et ils ont construit une serre qui a permis d’expérimenter la culture de tomates biologiques.

 

Les expérimentations sur cette parcelle communautaire ont été très concluantes: habitués à des cultures nécessitant de grandes quantités d’agro-toxiques, qui rendent leur sol infertile et nuisent à leur santé, les paysan·e·s ont décidé de se convertir à l’agriculture biologique sur leurs propres parcelles. 

 

Il a donc été possible, au moyen d'expérimentations concrètes, de renverser certaines idées reçues (« il est impossible de produire des tomates sans intrants chimiques ») et de proposer, pour la première fois sur le marché local, des tomates libres de pesticides.

Concrètement, le projet prévoit:

  • L’appui à la création et la formalisation d’une association paysanne, au moyen de l’accompagnement des réunions, de la prise en charge initiale du travail de coordination par les deux chargés de mission ainsi que par Francisco Javier Bacca et Jairo Ayala, 2 agro-écologues expérimentés.

  • La mise en place d’un processus de formation aux techniques agro-écologiques et d’accompagnement à la production sur le terrain, adapté au contexte de la petite paysannerie et aux difficultés concrètes qu’elle rencontre

  • L’appui à la recherche en agro-écologie, permettant de doter les paysannes et paysans d’outils plus efficaces face aux multiples difficultés qu’ils rencontrent dans leur pratique quotidienne et l’élaboration de protocoles dédiés à la culture de chaque produit.

  • La mise en place d’un fonds commun de l’association paysanne permettant de réaliser des investissements dans les fermes, sous forme de prêts.

  • La mise en place d’un système de distribution de produits biologiques à Pasto et La Unión, basé sur une proposition de paniers hebdomadaires ainsi que sur la distribution en gros à des institutions ou commerces locaux.

  • La sensibilisation des consommateurs à la problématique de la contamination des aliments chimiques et à la nécessité de soutenir un commerce solidaire basé sur la vente directe et des prix justes au moyen d’émissions de radio, de fascicules, d’ateliers thématiques et de visites dans les fermes des producteurs.

Pourquoi un tel projet?

  • Pour renforcer la capacité d’organisation des paysannes et paysans bénéficiaires du projet, afin de permettre la pérennité d’une association paysanne et de rendre son fonctionnement efficace, mais également transparent et solidaire.

  • Pour renforcer les connaissances des bénéficiaires en agriculture biologique et leur capacité à garantir une production saine et abondante.

  • Pour inciter les paysannes et paysans à innover et à pratiquer la recherche autonome sur leurs parcelles.

  • Pour donner aux bénéficiaires des perspectives de commercialisation stables et à des prix justes.

  • Pour permettre aux citadins de manger sainement et de soutenir directement la petite paysannerie de leur département

Qui sont les beneficiaires ?

Ce projet bénéficiera directement à 57 familles paysannes de tout le département de Nariño qui seront accompagnées dans la production biologique et la vente de leurs produits. Il bénéficiera également à environ 150 familles citadines qui consommeront des aliments sains et biologiques à travers l’achat des paniers et à près de 3’000 personnes qui consommeront chaque semaine des aliments biologiques distribués dans les épiceries, écoles, supermarchés et restaurants qui se procureront également les produits de l’association paysanne (vente en gros).

"Révolution verte" et économie paysanne

La population rurale à Nariño  se trouve dans une situation d’extrême pauvreté et de dépendance à la ville, qui peut mener à moyen terme à la disparition de la paysannerie.

 

Cette situation résulte de la politique néo-libérale et de la « Révolution Verte » promue par l’Etat colombien depuis les années 1960.

 

Les cinquante dernières années ont donc vu la paysannerie locale passer de l’autosuffisance basée sur les connaissances traditionnelles et l’auto approvisionnement à une dépendance aiguë aux intrants chimiques articulée à une industrie agricole d’exportation (café).

 

L ‘utilisation des produits agro-chimiques a contribué à polluer les sols et les sources d’eau, elle a dégradé la fertilité des sols agricoles et a contribué à répandre et à aggraver les maladies et ravageurs des cultures, qui deviennent chaque jour plus difficiles à contrôler.

 

Les politiques agricoles colombiennes, opérant sous les impératifs du productivisme et de la rentabilité économique ont contribué à la désagrégation du tissu social paysan et à l’exode rural, en constante augmentation. Avec l’intervention de multinationales et d’entreprises agro-industrielles, les connaissances locales ont commencé à disparaître, l’économie locale à se déliter et les campagnes à se vider peu à peu.

 

Le projet permettra aux familles paysannes de rester à la campagne et de construire ensemble un avenir meilleur. Il s’agit là de petites graines qui contribuent à renforcer le tissu social dans ces communautés et à construire la paix en milieu rural.

En savoir plus: Qui peut faire cesser l’assassinat des
défenseurs des droits humains ?

Traduction de l'article de Todd Howland, Représentant du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits humains en Colombie, paru dans le magazine Semana le 30 décembre 2017.

Quel est le coût du projet ?

Le projet s’étend sur une période de deux ans (2018 – 2020) et a un coût total de 174'739.58 CHF. Lectures Partagées participe au financement du projet avec ses fonds propres, à hauteur de  3'739.58 CHF et finance entièrement la réalisation du diagnostic à hauteur de 6'500 CHF, qui n'a pas été inclus dans le budget du projet.

Au-delà de sa participation financière, Lectures Partagées travaille bénévolement à  la formulation et la planification du projet, ainsi qu’au suivi du projet en Suisse (analyse des rapports du terrain, rédaction de rapports narratifs et financiers, etc.), éléments qui ne sont pas inclus dans le budget, mais qui en font partie intégrante.