• Cristina Muñoz

Théâtre de l'Opprimé

Durant notre premier mois en Colombie, nous avons séjourné à Bogotá où notre ami Santiago Gonzalez nous a invité à participer au deuxième Festival de Théâtre des Opprimé-e-s.


La Cooperación Otra Escuela, qui a organisé cet événement, travaille depuis 2014 pour la transformation positive des conflits, à travers le jeu et l’art en développant des ateliers dans le domaine de l’Education pour la Paix. La méthodologie utilisée par cette association s’inspire du théâtre de l’opprimé et des techniques systématisées par Augusto Boal à partir des années 70. Ce Brésilien a réussi à créer une technique des plus puissantes pour utiliser l’art, plus spécifiquement le théâtre, comme un outil de transformation sociale et politique. Nées en Amérique Latine, elles ont par la suite été importées en Europe et dans le monde entier et jouissent d’un énorme succès jusqu’à nos jours.


Le festival organisé par la Corporación Otra Escuela, s’est déroulé durant la semaine du 7 au 12 de septembre. Durant ces quelques jours, nous avons pu participer à un atelier et assister à plusieurs pièces de théâtre forum.


Au cours du festival, j’ai appris quelques unes des ficelles du Théâtre de l‘Opprimé en participant à un atelier, mais plus marquant encore, j’ai pu expérimenter personnellement la puissance de ces techniques au cours des pièces de théâtre-forum.


Il me reste encore en mémoire la première pièce que nous avons vue et la réaction qu’elle a suscitée au sein du public. La pièce traitait d’un sujet malheureusement banal en Colombie : le déplacement forcé. L’histoire raconte l’arrivée dans un village d’une mère et de son fils, déplacés suite à l’assassinat du père et du frère aîné. Alors que la famille tente difficilement de s’installer et de trouver un moyen de subvenir à ses besoins, les habitants du village viennent les chasser, au prétexte qu’ils menaceraient leur sécurité. Le stigmate les condamne à un nouvel exil. Ni la mère ni le fils ne trouvent un moyen de se faire accepter, ni un quelconque soutien auprès des institutions publiques. La pièce se termine sur un conflit stérile et non résolu.


Lorsque la pièce se conclut, l’animateur vient sur scène pour encourager le public à réagir à la scène à laquelle il vient d’assister. La première personne à prendre la parole est une femme qui a elle-même été contrainte à se déplacer pour des raisons similaires à celles exposées dans la pièce et qui travaille actuellement dans une association de défense de droits de femmes victimes de violation et de déplacement forcé. Elle commence à parler, mais sa voix se brise et elle ne parvient pas à retenir ses larmes. C’est à ce moment là que je réalise la puissance de la pièce. Je ne l’avais pas perçue jusque là, n’étant pas moi-même directement concernée par ces problématiques. Mais lorsqu’elle commence à parler, je comprends qu’elle s’est identifiée aux personnages de cette pièce.


Tout à coup, ce qui n’était qu’une mise en scène, un jeu d’acteur, devient réalité et on peut réellement se mettre à la place de l’ « opprimé ». C’est alors que l’animateur – Kuringa – demande à cette dame de venir et d’essayer de transformer cette situation. Et elle le tente. Peu importe si son intervention a servi à modifier radicalement l’issue du conflit. Ce qui compte, une fois que le jeu a commencé, c’est que je suis immergée. Mon cerveau tourne à toute vitesse pour essayer de trouver une stratégie qui permette à cette mère et à son fils de devenir maîtres de leur destin.



Et je pense alors à tout ce que nous pourrions faire avec cet outil à la Florida. Il ne s’agirait plus seulement d’amener des événements culturels dans la région, mais de permettre qu’à travers ces évènements culturels et artistiques – dans ce cas spécifique, le théâtre – puissent s’exprimer la richesse culturelle et les problématiques sociales de cette région. Cela non seulement dans le but de fêter ou de prendre du plaisir, mais d’aller au delà de ces oppressions qui tant de fois sont des obstacles pour que les dynamiques sociales puissent s’épanouir sainement, pour que les « victimes » d’une oppression aient des outils pour réagir aux agression et pour que naissent à partir d’un simple acte culturel des nouvelles perspectives d’avenir et d’action.

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