• Teresa Muñoz-Acosta

Les ateliers de décembre

Les jours où nous organisons les ateliers, nous allons, sacs en bandoulière, à la recherche de motos qui pourraient nous emmener aux différents hameaux. Toute une aventure ! Les routes ne sont pas en bon état. Il y a beaucoup de poussière et de pierres, ce qui fait qu’à tout moment, la moto peut déraper ou bondir, causant ainsi un accident grave. Nous avons eu de la chance : une fois seulement, Ramón s’est blessé au genou lorsque la moto sur laquelle il se trouvait a glissé.


Étant moi-même ludothécaire, je prétends développer avec ces ateliers une prise de conscience quant au potentiel du jeu en tant qu’outil d’apprentissage et d’éducation. Je tiens également à ce que la collection de jeux et jouets rende service à la majorité de la population à travers chacune des bibliothèques-centres communautaires.


Que nous apporte le jeu ? Quelles sortes de jeux existe-t-il ? Comment faire pour maintenir les jeux et jouets en bon état ? Quels mécanismes devons-nous mettre en place et comment devons-nous organiser ce matériel afin d’atteindre nos objectifs ? Qui garantit le rangement et la bonne utilisation des jeux et jouets ? Comment pouvons-nous renouveler la collection de jeux et jouets en utilisant les ressources locales ?

Ces questions ont été discutées et travaillées avec les adultes et les enfants. Elles leur ont permis d’apprendre à faire un inventaire des jeux et jouets, à rédiger un règlement qui permet d’encadrer et de responsabiliser les utilisateurs quant au soin et usage des jeux. Cela leur a également permis de découvrir différents jeux de la collection de chaque bibliothèque, ainsi qu’à fabriquer plusieurs exemplaires de Reversi, Mikado et Awalé avec du matériel de récupération.


C’est le début d’un processus d’éducation à long terme. Le plus important étant que les adultes prennent conscience que le jeu n’est pas une perte de temps. Au contraire, les enfants apprennent en jouant et développent les connaissances nécessaires pour le restant de leur vie. Les acquis provenant de ces formations mettent en marche de nouvelles dynamiques communautaires et apportent de nouveaux outils qui aident les responsables des bibliothèques-centres communautaires à gérer et à donner vie à ces lieux. Dans certains hameaux, tout va de l’avant plus rapidement que dans d’autres, chacun ayant ses particularités. Mais Cristina et Nicolas continueront à renforcer cet apprentissage pour assurer l’acquisition et l’implémentation de ces nouveaux processus.


Ce qui m’a le plus marquée durant ce voyage, c’est de voir que les enfants de la campagne ne reconnaissent pas un plant de haricots, une laitue ou un plant de tomates. La culture paysanne est en train de disparaître et, avec elle, des savoirs ancestraux. Les jeunes sans-emploi et sans opportunités de poursuivre des études supérieures n’ont que du temps libre devant eux et on peut constater quelques cas d’addiction à la drogue. Ils ont tous un téléphone portable. Les enfants ne savent pas quel goût a une aubergine ou des épinards, mais ils savent tous utiliser Facebook, Twitter et autres.

La technologie mal employée se transforme en un virus sans antidote qui se propage à toute vitesse parmi la population infantile et juvénile, dont les symptômes sont la désinformation, le désintérêt et la transformation d’êtres humains en entités aliénées par la société de consommation et le capitalisme sauvage.


C’est dans ce contexte que le projet prend tout son sens. Les bibliothèques-centres communautaires sont des espaces qui permettent aux jeunes et aux enfants de passer leur temps libre différemment. Les instruments de musique, les jeux, les livres, les films, sont autant d’invitations au rêve, à la création, au sentiment d’appartenance à la société et à devenir ainsi acteurs et vecteurs de changement. Pour les adultes, ce sont des espaces d’échange d’information, de récupération de la culture paysanne.


A Matituy par exemple, une table de ping-pong a généré tellement d’engouement que les adolescents ont demandé à avoir une plage horaire spécialement pour eux, afin qu’ils puissent s’entrainer, créer des équipes et participer à des tournois avec les autres hameaux. En échange, ils apprennent aux plus petits à jouer.


A Quebrada Honda, deux groupes de musique se sont formés. Les enfants apprennent à jouer de la guitare, du requinto, de la basse, de la guacharaca, et donnent des représentations lors d’événements du hameau.


A Duarte et Pescador Bajo, la bibliothèque, qui n’est pas encore terminée, a été l’excuse parfaite pour que tout le monde se réunisse et récite la neuvaine de Noël. Le travail communautaire a refait son apparition. La création des bibliothèques-centres communautaires a encouragé les gens à se réunir, à discuter, à exposer leurs idées, à participer, à partager et à rêver à de nouveaux projets.

Nous sommes satisfaits du travail réalisé jusqu’à présent. Nous avons appris à être flexibles, à nous adapter, à respecter les décisions et rythmes des communautés. Ce n’est pas une tâche facile, mais elle est très enrichissante. Il y a des hauts et des bas, des conflits, des malentendus, des crises qui nous ont fait grandir aux côtés des communautés et qui nous motivent à aller de l’avant.


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