• Teresa Muñoz-Acosta

Ma première semaine à Matituy


Je suis arrivée à Matituy le 2 octobre, après plus de 16 heures de voyage – 12 heures de vol entre Genève et Bogotá, puis une heure de vol entre Bogotá et Chachagüí, puis 45 minutes de parcours en taxi jusqu’à la ville de Pasto et 3 heures de transport en bus jusqu’à Matituy.


Heureusement, Cristina et Nicolas m’attendaient à la gare routière de Pasto, autrement je n’aurai pas pu transporter seule mes énormes valises, remplies de jeux et de jouets, de cadeaux pour les amis et la famille, d’ordinateurs donnés par la ville de Neuchâtel et de quelques habits et effets personnels pour mon séjour de 6 mois.


Sur le chemin vers Matituy, nous avons écouté la radio pour connaître les résultats du referendum visant à valider les accords de paix entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC. Et quelle surprise lorsque nous avons réalisé les résultats : le NON l’avait emporté ! Les colombiens avaient refusé les accords par un marge étroit de 50’000 votes, avec un taux d’abstinence de plus de 60%, un des taux les plus élevés des dernières décennies en Colombie.


La Colombie m’accueillait donc avec de mauvaises nouvelles. Nous avons beaucoup discuté, réfléchi et analysé ces résultats entre nous. Comment est-ce possible que les colombiens préfèrent la guerre à la paix ? Que va-t-il se passer désormais ? Que pouvons-nous faire ? Est-ce que cela veut dire que la guerre va se poursuivre ? Et que va-t-il se passer avec les accords de paix déjà en place ? La tristesse et l’incertitude nous envahissent.


C’est avec toutes ces questions en tête que je suis finalement arrivée à Matituy. Le changement de contexte implique un effort d’adaptation important. Cet effort est d’abord physique – le corps doit d’adapter au nouveau climat, aux nouvelles conditions de vie, à la nouvelle alimentation, aux nouvelles routines. Mais ce séjour implique également un effort d’adaptation au niveau des rôles. Alors qu’à Genève je suis la directrice de Lectures Partagées, ici à Matituy, Cristina et Nicolas sont le visage visible de l’association. Partout où nous allons, les gens les reconnaissent, les saluent, leurs parlent, discutent…Quant à moi, je suis pour l’instant une étrangère qui vient en visite, qui n’est pas là pour rester. Lors des réunions et des événements auxquels je participe, ce sont Cristina et Nicolas qui se chargent de l’organisation, qui prennent la parole, qui s’impliquent dans la prise de des décisions. Je me contente d’écouter, d’observer, de poser des questions et j’essaie de mémoriser les prénoms de chacun, afin de m’intégrer peu à peu dans ces dynamiques.


Je dois être pour l’instant prudente lorsque je prends la parole, afin de ne pas contredire des décisions ayant déjà été prises et de ne pas générer des tensions. J’ai un peu l’impression de marcher sur des œufs. Je me rends compte que le travail sur le terrain est très différent du travail en Suisse. Ici, le travail requiert une grande capacité d’adaptation, une grande flexibilité face aux imprévus, beaucoup de patience et d’énergie, un contact humain intense et du temps pour discuter, réfléchir…


Je m’adapte progressivement à ma nouvelle routine : les matinées sont plutôt tranquilles et nous permettent de nous occuper de la maison et du jardin potager, mais surtout de planifier les activités de l’après-midi. Il est fréquent que des gens passent dire bonjour, ou viennent pour discuter à propos d’une activité ou fixer une réunion. Les gens amènent souvent quelques bananes, des oranges ou des avocats.


Les après-midis sont consacrées aux différentes activités, cours de musique, réunions et événements. Nous nous déplaçons souvent d’un hameau à l’autre, à pied sur des chemins de terre. Les journées de travail se prolongent souvent jusqu’à tard dans la soirée et nous rentrons épuisés et couverts de poussière.


Malgré l’incertitude actuelle en Colombie, les changements concrets et très positifs du travail que nous menons ici me permet de redescendre sur terre. Notre travail prend tout son sens et son importance dans ce contexte et c’est pourquoi nous devons continuer à travailler avec les habitants de ces hameaux pour construire la paix que nous voulons tous.


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