• Cristina Muñoz

La Tulpa commence à porter ses fruits


Assemblée des producteurs de La Tulpa

Il est 9 heures du matin. Les participants sont assis autour de la table en bois. Ils boivent timidement un café avec un pain au lait, en attendant que la réunion commence. Comme tous les jours, à Pasto, il fait froid. Autour de la table, certains y sont déjà habitués, venant de lieux où l’humidité et la température peuvent être encore plus rudes. D’autres, venant de terres où la chaleur et le soleil sont la norme, frissonnent et commentent : « Que frío ! » (Qu’est-ce qu’il fait froid !).

La maison de La Tulpa à Pasto

Nous nous trouvons à la maison de La Tulpa, l'association paysanne créée en avril 2018 dans le cadre du projet Des paniers bio à Nariño. L'association regroupe 57 familles ou groupes de paysannes et paysans qui ont décidé de changer leur manière de cultiver la terre et leurs relations avec la ville et le public citadin. L’association vise à produire et distribuer des fruits et légumes frais, sains et à des prix solidaires.

Atelier de calcul des coûts de production

Nous sommes réunis pour la 7ème assemblée des producteurs. Suite aux premières réunions, il a été décidé que nous nous réunirions tous les mois, afin de décider du fonctionnement de La Tulpa le mieux et le plus vite possible.

Atelier de calcul des coûts de production

Je regarde tous ces hommes et femmes, issus de territoires si différents et pourtant tous similaires, certainement issus d’arrière-grands-parents indigènes, pour la plupart d’entre eux une origine aujourd’hui oubliée et idéalisée. Les mains fortes et épaisses, le regard fuyant, les chuchotements timides, le silence, très habituel ici, où les mots sont rarement dits sans gêne et toujours avec une excessive politesse.

Atelier de calcul des coûts de production

Nous commençons la réunion par un tour de table où chacun exprime sa vision de La Tulpa. Dans la tradition indigène, le mot « tulpa » désigne le foyer fabriqué à partir de trois pierres rondes et du feu, lieu où l’on cuisine, l’on se réunit, l’on se réchauffe, où l'on prend des décisions.

Ce nom a été proposé un peu à la façon d’une plaisanterie, mais accueilli par les indigènes de La Cocha comme un nom approprié. C’est eux qui nous font connaître sa signification mystique. La Tulpa est l’origine de tout, le ventre chaud de la mère, la vie même.











Le tour de table commence et un des producteurs, Harold Espinoza, nous dit : « Dans cette Tulpa, nous sommes les pierres, nous y apportons le bois, nous cuisinons le futur pour que les nouvelles générations restent à la campagne ». Et tous coïncident : nous sommes ensemble, comme une famille, certes bigarrée, mais qui essaie d’unir ses forces pour construire un avenir meilleur.

Ces quelques phrases partagées en réunion ne sont pas que des mots. Depuis le lancement de La Tulpa, le travail a commencé à porter ces fruits. Pour ne donner qu’un exemple, à la campagne, les producteurs de tomates sont plus que jamais motivés, malgré toutes les difficultés que la culture sous serre suppose. De plus en plus de paysans nous disent vouloir cultiver sans agrochimiques et se rendent compte de l’impact de ces produits pour leur santé. Ils échangent entre eux, ils troquent des aliments et travaillent dans leurs champs de plus en plus confiants en ces méthodes agroécologiques et respectueuses de l’environnement que nous leurs proposons.

Du côté de la ville, les choses avancent doucement, mais de plus en plus de personnes entendent parler de La Tulpa et commencent à consommer ces aliments issus de la terre et d’un travail respectueux de l’environnement. L’équipe de vente se renforce de jour en jour, on s’organise, on se réorganise constamment, on s’adapte et on apprend tous les jours un peu.

Actuellement, et après seulement quelques mois de mise en œuvre du projet, trente paniers sont vendus et distribués à domicile chaque semaine. Un marché permet de vendre les excédents de produits tous les samedis matin, et 500 kilos de tomate sont distribués aux restaurants qui sont devenus nos clients les plus fidèles. On est certes loin du résultat final espéré (200 à 300 paniers hebdomadaires), mais pour nous, qui voyons le travail que cela représente tous les jours, c’est déjà énorme et prometteur.

De leur côté, les producteurs s’organisent de plus en plus et proposent actuellement de créer un fond d’épargne communautaire de La Tulpa. Ils se sentent appartenir à un processus qui est fait pour durer.

Et c’est cela qui nous motive à continuer. Le travail est dur et fatiguant. Nous n’avons presque jamais des journées de repos, mais nous voyons devant nous un beau chemin à parcourir, un difficile défi qui pourrait être une chance et un futur différent pour les paysannes et les paysans avec qui nous travaillons.

Pour en savoir plus sur ce projet:

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