• Maria Adelaida Muñoz

La Colombie et le Covid-19

Une crise sanitaire, économique et sociale sans précédent

Avec un peu de retard sur l'Europe, le coronavirus s’est répandu en Colombie. Le système de santé colombien n'était absolument pas préparé à gérer une pandémie aussi fulgurante, et s’est trouvé très rapidement débordé, avec des conséquences dramatiques pour la population : fin octobre 2020, le pays compte plus de 900’000 personnes malades du Covid-19, dont plus de 60’000 cas actifs et déplore plus de 29’000 morts, ce qui le place au 7ème rang des pays le plus touché, après les États-Unis, l’Inde, le Brésil, la Russie, l’Argentine et l’Espagne. La Colombie fait également partie des 11 pays avec le plus grand nombre de victimes dues au virus.

Après de nombreux atermoiements et sous la pression des autorités locales (gouverneurs et gouverneuses de départements et maires), le gouvernement national a décidé́ de déclarer le confinement strict de la population, dès le mercredi 25 mars 2020, pour tenter de limiter une tragédie prévisible. Ces mesures ont eu des conséquences particulières dans un pays comme la Colombie, où le travail informel est très répandu : une partie significative de la population s’est retrouvée sans revenu du jour au lendemain. Des familles qui vivent au jour le jour, des mères de famille qui travaillent comme employées de maison, des vendeurs·euses ambulant·e·s sont confiné·e·s et affamé·e·s, à tel point que dans plusieurs quartiers populaires de grandes villes comme Bogotá ou Medellín, les habitant·e·s accrochent des chiffons rouges à leur fenêtre pour appeler à l’entraide entre citoyen·ne·s. La crise sanitaire a agi, en Colombie comme partout ailleurs, en tant que révélateur des inégalités sociales et économiques existantes.


S’appuyant sur des enquêtes récentes conduites auprès de plus de 200'000 personnes, la Banque Inter-américaine de Développement (BID) prévoit déjà une exacerbation des inégalités en Amérique latine : près de 45% des personnes interviewées ont déclaré qu’au moins 1 membre de leur famille aurait perdu son emploi pour cause de pandémie

Avec un peu de retard sur l'Europe, le coronavirus s’est répandu en Colombie. Le système de santé colombien n'était absolument pas préparé à gérer une pandémie aussi fulgurante, et s’est trouvé très rapidement débordé, avec des conséquences dramatiques pour la population : fin octobre 2020, le pays compte plus de 900’000 personnes malades du Covid-19, dont plus de 60’000 cas actifs et déplore plus de 29’000 morts, ce qui le place au 7ème rang des pays le plus touché, après les États-Unis, l’Inde, le Brésil, la Russie, l’Argentine et l’Espagne. La Colombie fait également partie des 11 pays avec le plus grand nombre de victimes dues au virus.

La petite paysannerie, en première ligne

La pandémie de Covid-19 et les mesures prises pour enrayer sa propagation ont également fortement impacté les communautés rurales et les familles paysannes – des territoires et des populations par ailleurs déjà affectées par le conflit armé interne, la pauvreté, la marginalisation, la présence d'économies illicites et la faiblesse des institutions étatiques.

En effet, les risques sanitaires sont accrus en zone rurale, où l’accès aux soins médicaux est limité et difficile, voire inexistant selon les cas. En zone rurale, le travail informel est très répandu, ce qui expose tous ceux et celles qui doivent continuer à travailler pour subsister – et qui ne peuvent donc pas se permettre de respecter les mesures de confinement – à la maladie. Par ailleurs, les restrictions imposées aux chaînes de distribution, d’approvisionnement et de commercialisation des produits agricoles et des intrants ruraux entraînent une réduction drastique, voire la disparition pure et simple des revenus pour des nombreuses familles. Enfin, la fermeture des frontières nationales fait monter les prix des aliments et des intrants ainsi que les taux prélevés par les intermédiaires sur le prix des aliments. Tout ceci a des conséquences néfastes non seulement pour la production rurale, mais également pour les magasins et les consommateurs·trices. Le droit à l’alimentation de la population colombienne, et notamment des plus vulnérables, est menacé.

La crise actuelle rend donc visible la situation de fragilité et de précarité sociale de la paysannerie. Une réalité qui découle d'une longue histoire d'abandon et de violence, ainsi que du déploiement de politiques publiques et de projets économiques qui contredisent, voire nient le bien-être et les droits de la paysannerie. Paradoxalement, la crise montre aussi combien les économies et les communautés paysannes sont indispensables. Alors que les frontières sont fermées en raison de la crise sanitaire, que la période de confinement a vu les marchés arrêtés et les transports d’aliments en grande difficulté, la production et la consommation de produits locaux sont devenues plus que jamais pertinentes. Les paysans colombiens ne cessent pas de travailler la terre en temps de crise ; la sécurité alimentaire du pays, et donc la qualité de vie et le bien-être de millions de personnes, dépendent en grande partie de leur travail.

Un constat que confirme le Ministère colombien de l'Agriculture : l'agriculture paysanne, familiale et communautaire produit plus de 70 % de la nourriture du pays, elle génère le plus grand nombre d'emplois ruraux et joue un rôle essentiel dans la préservation de la biodiversité. L'accès à des produits sains, sans produits agrochimiques, est donc fondamentalement garanti par les familles paysannes, propriétaires de petites extensions de terres productives, comme celles qui font partie de La Tulpa.

Pour en savoir plus sur l'impact du Covid-19 sur le projet de La Tulpa, que soutient Lectures Partagées à Nariño, cliquez-ici.

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